Giacomo Puccini (1858-1924)

Messa di Gloria

La Messa di Gloria de Giacomo Puccini a connu un destin curieux. Œuvre de jeunesse, elle fut conçue sous le titre « Messe pour quatre voix et orchestre » comme pièce d’examen final au conservatoire de Lucques, ville natale du compositeur. Elle rencontra un vif succès le jour se sa création, le 12 juillet 1880, mais resta sans lendemain. Puccini, qui n’allait plus écrire de musique religieuse (sinon quelques petites pièces de circonstance et un Requiem de poche – cinq petites minutes… – à la mémoire de Verdi en 1905) s’en désintéressa, ne cherchant ni à l’éditer ni à la faire jouer. Il en réutilisa simplement des extraits, plus tard, dans ses opéras (le Kyrie dans Edgar, créé en 1889, puis l’Agnus Dei à peine modifié au deuxième acte de Manon Lescaut, son premier grand triomphe à la scène, en 1893). La pièce tomba donc dans l’oubli jusqu’en 1951, année où le père Dante del Fiorentino, exilé à New York mais de passage à Lucques en vue de rassembler des documents pour une biographie qu’il projetait d’écrire sur le compositeur, prétendit en retrouver le manuscrit (en réalité une copie), l’édita sous le titre qu’on lui connaît aujourd’hui (qu’elle doit à son imposant Gloria, sa partie la plus longue) avant d’en organiser à Chicago en 1952 la première exécution depuis sa création, et le premier enregistrement. Depuis lors, l’œuvre s’est imposée au répertoire des chœurs dans le monde entier.

Tout jeune qu’il ait été – il avait 22 ans –, Puccini fait preuve dans cette Messe d’un savoir-faire étourdissant, alliant une forte habileté contrapuntique (canons, séquences fuguées et strettes foisonnent – ainsi dans l’imposante fugue « Cum sancto spiritu » du Gloria) avec un sens mélodique rare et une grande inventivité harmonique. Surtout, cette œuvre présente la double gageure d’intégrer le bel canto dans la musique religieuse, et de traiter l’orchestre de façon symphonique, souvent autonome. En résulte une Messe détachée de tout caractère liturgique, au propos exclusivement dramatique, vouée à l’expression des passions, et où les climats se succèdent avec une aisance déroutante de la gaieté énergique à la plainte, de la déclamation grandiose à la douceur et au recueillement. Opératique d’esprit, faite pour la voix, admirablement orchestrée, elle augure le génial homme de théâtre qu’allait devenir Puccini.

François Félix